A Groix, les serres sont reconstruites

Le 5 novembre 2019, la tempête détruisait des serres dans la tenue maraîchère des Guélou sur l’île de Groix. Yves et Isabelle ont été soutenu par leurs amis, leurs clients. Une cagnotte de solidarité a permis de les aider financièrement. Avec beaucoup de ténacité, ils ont reconstruit leur serre et la nouvelle saison est repartie. Nous espérons que la crise du corona virus ne viendra pas anéantir tous ces efforts. Bravo et merci à tous ceux et celles qui ont répondu à la cagnotte

Impact de la crise du coronavirus sur les exploitations et les filières agricoles insulaires – 1

La mise en place du confinement, l’arrêt de certaines activités et les restrictions de transport modifient la façon dont les agriculteurs travaillent au quotidien. Afin d’évaluer les impacts précis de cette crise sur les systèmes agricoles insulaires, le RAIA réalise l’observation et l’analyse de la situation sur les différentes îles de l’Atlantique.

Ce travail permettra d’identifier les fragilités, ou au contraire les forces, existant dans les îles. Il pourra servir de base à des propositions ciblées d’action de soutien, dans l’immédiat ou par la suite.

Au 23 avril, le bilan global qui peut être dressé de la situation est le suivant :

En dehors des installations agricoles qui sont fortement impactées par la crise, les agriculteurs enquêtés et ceux dont ils sont proches semblent pour le moment s’être adaptés à la situation. Le début du confinement est intervenu, par « chance », dans une période à laquelle le volume des productions à écouler était assez faible. Le relatif soutien des élus locaux et l’augmentation de la clientèle ont permis d’écouler les productions du mois dernier et de début avril sans difficulté majeure, bien que des baisses de chiffre d’affaire (par comparaison avec les années passées) commencent à apparaître.

Les activités qui pâtissent le moins de la situation sont celles installées depuis longtemps, autonomes (peu d’intrants, transformation) et avec des débouchés réguliers sur l’année.  

Les filières reposant essentiellement sur la commercialisation des produits auprès d’une clientèle touristique saisonnière sont en grande difficulté (saliculture et viticulture en vente directe notamment).

Les inquiétudes sont vives quant à la saison estivale à venir, qui représente la majeure partie du chiffre d’affaire annuel en vente directe. Pour certains, la situation risque de se compliquer rapidement à partir de la fin du mois d’avril. Néanmoins, il semble y avoir pour le moment peu de stratégies spécifiques mises en œuvre pour s’adapter à un « scénario pessimiste » remettant en cause la totalité de la saison.

Vous pouvez télécharger le premier bilan détaillé ci-dessous :

« Qu’est-ce que nous révèle le Covid-19 ? » « Quelle résilience alimentaire sur nos îles ? »

Avant de parler de résilience alimentaire, il me semble important de dire que le Covid-19 nous atteint quel que soit le lieu où nous habitons. Il est important de respecter le confinement, les bonnes attitudes pour éviter de se contaminer et de contaminer les autres.

En même temps, il nous faut dès à présent construire l’avenir, car si le président Macron pilonne son « nous sommes en guerre », n’oublions pas que le CNR (Conseil National de la Résistance) n’a pas attendu la fin de la guerre 39-45 pour réfléchir et imaginer la société d’après guerre.

Notre réflexion s’inscrit ici dans cette démarche.

Le mode d’approvisionnement alimentaire actuel, centralisé (importance des Marchés d’intérêt nationaux et des très grandes surfaces) et mondialisé, pour une grande partie, n’est pas compatible avec une raréfaction de l’approvisionnement en pétrole, le ralentissement des échanges et des transports, la réduction des importations… Le moindre grain de sable informatique, énergétique ou sanitaire comme nous le montre la crise planétaire actuelle du Covid19 nous interroge sur les incohérences et les fragilités de notre « système ».

Après la seconde guerre mondiale l’Etat se préoccupait de la sécurité d’approvisionnement alimentaire, et menait une politique en conséquence. Puis, progressivement il a transféré la responsabilité de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution aux acteurs du secteur privé en vertu des fameuses lois du marché et du « laisser-faire » qui répondrait au mieux à toutes les difficultés.

Or, les villes n’ont une autonomie alimentaire que de trois jours selon l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) ! Nos îles ont une petite autonomie alimentaire. Nous risquons tous des ruptures d’approvisionnement.
Il ne s’agit pas d’affoler et d’inciter les gens à stocker, mais de réfléchir collectivement à un plan de sécurité alimentaire, pour maintenant et également à plus long terme.
Que peut-on faire ?
A court terme et tant que dure la crise du Covid-19,

• nous devrions éviter les réflexes de stockage qui aboutissent à des rayons vides et a des difficultés d’organisation pour les GMS, (Grandes et Moyennes Surfaces) et vérifier l’état des réserves familiales en bocaux et autres formes de conservation.
• Nous pouvons être solidaires avec nos producteurs locaux qui connaissent des difficultés (changement climatique approvisionnement, transports, …) mais qui essayent de s’adapter en proposant des solutions pour répondre aux besoins alimentaires de la population : paniers, livraisons à domicile, …

A moyen et long terme 
Produire localement
Il s’agit de développer une agriculture respectueuse de la santé des hommes, de la biodiversité et de favoriser une plus grande autonomie alimentaire en augmentant les surfaces cultivées sur les îles, en diversifiant la production et en adaptant nos circuits commerciaux.
Il ne s’agit pas de viser l’autonomie totale. Ce serait difficile compte tenu de nos habitudes alimentaires actuelles, de l’extension des surfaces bâties ou réservées aux jardins d’agrément ou envahie par la friche arbustive. Mais il s’agit bien de permettre l’augmentation des surfaces agricoles cultivables, ce qui doit se traduire dans les PLU

Mettre les terres agricoles à disposition des agriculteurs
Pour développer l’agriculture encore faut-il que les propriétaires de terrains agricoles acceptent de les mettre à disposition des agriculteurs. Pour l’heure nous constatons de trop nombreuses réactions de rétention, qui non seulement ne sont pas conformes à la loi, mais sont également contraires à l’intérêt général. L’information, la concertation et la persuasion sont aujourd’hui privilégiés, mais il pourrait arriver un jour où il faudra mettre en œuvre, à l’instar d’autres communes sur le continent, la procédure dite des « Terres incultes ». La mise en valeur des terres incultes ou sous exploitées est une procédure qui consiste à réquisitionner un terrain abandonné et à le faire exploiter par un agriculteur

Encore faut-il également que nous trouvions des solutions adéquates pour l’eau nécessaire aux activités agricoles et pour le logement des agriculteurs.
Enfin, encore faut-il que la Loi littoral évolue afin de permettre l’installation des bâtiments d’exploitation indispensables à toute activité agricole. Le RAIA a entrepris de construire un plaidoyer auprès des élus (maires, régions, sénateurs et députés) pour que la Loi Littoral ne soit pas un frein à l’installation ou la consolidation de fermes comme cela a été le cas dans plusieurs îles dont l’Île d’Arz. Nous parlons bien de fermes et non d’exploitations industrielles.

Il faudra certainement s’atteler à faire un diagnostic des effets pervers liées aux fluctuations saisonnières inhérentes à la fréquentation touristique. Pour pallier la précarité engendrée par la dépendance au tourisme, les variations brutales de la demande et son imprévisibilité Il faudra aussi trouver des solutions pour sécuriser l’alimentation de la restauration collective (Ecoles Collèges Ehpad) et de l’ensemble des habitants à l’année. Des formes de production et de commercialisation adaptées seront sans doute à inventer.

Ces questions se posent partout en France tant la déprise agricole depuis un siècle s’est accompagnée d’une spécialisation au détriment de la variété de l’offre alimentaire locale, séparant toujours plus le consommateur du paysan. Contrairement à d’autres pays nous n’avons pas maintenu de ceinture vivrière autour des villes et des lieux d’habitation, et ce même à la campagne… et sur les îles.

Recherche Action.
Avec le projet SOFIANE, le RAIA a engagé un projet de Recherche Action sur l’agriculture dans les îles. L’épidémie du Covid-19 nous donne une occasion (on s’en serait passé) de mettre collectivement en œuvre cette recherche action.
C’est pourquoi, le RAIA va créer un document en ligne que les agriculteurs, consommateurs, élus, associatifs pourront abonder de leurs expériences, des difficultés rencontrées, des solutions trouvées, des vécus ressentis. Pour avoir ce document envoyer un mail à raia.association@gmail.com NB Il servira de matières pour construire et proposer l’après Covid-19, il servira aussi à d’autres organismes qui sont dans la même démarche comme TERRALIM

Ce texte est en partie tiré du document  « Qu’est-ce que nous révèle la crise du Covid19 ? Quelle résilience alimentaire sur notre île ? » paru sur le blog du Collectif Agricole de l’Île d’Yeu, le 18 mars 2020.

Georges BIRAULT
Président du RAIA